La restauration dans les hôtels 5 hibiscus en Haïti : entre attentes et réalités

La restauration dans les hôtels 5 hibiscus en Haïti : entre attentes et réalités

Par Castine Volmar

         L’activité touristique ne se résume pas seulement à une question d’accueil, d’atmosphère ou d’hospitalité. Derrière chaque séjour réussi, il y a aussi deux piliers essentiels : l’hébergement et la restauration. Ces deux éléments, intimement liés au tourisme, participent pleinement à l’expérience du voyageur. Être bien logé et bien nourri, c’est déjà une grande part du bonheur de découvrir un pays.

Au-delà du simple service, la gastronomie représente une véritable expression culturelle. Comme le soulignent plusieurs auteurs, de nombreux touristes choisissent aujourd’hui leur destination pour vivre une expérience culinaire. Manger, ce n’est pas seulement se nourrir, c’est aussi découvrir l’identité d’un peuple.

En Haïti, le secteur hôtelier s’inscrit dans une dynamique d’amélioration à travers le label « hibiscus », mis en place par le Ministère du Tourisme. Ce système de classification, allant jusqu’à 5 hibiscus, vise à garantir un certain niveau de qualité, comparable aux standards internationaux. Mais une question se pose : ces hôtels répondent-ils réellement aux attentes des clients, notamment en matière de restauration ?
C’est autour de cette interrogation que s’est construite notre réflexion.

En tant que passionnée d’art culinaire et future professionnelle du domaine, je me suis intéressée à la qualité du service de restauration dans les hôtels classés 5 hibiscus. Pour cela, une enquête a été menée auprès de clients ayant fréquenté plusieurs établissements de la zone métropolitaine, notamment le Royal Oasis, El Rancho, Marriott, Karibe Convention Center et Best Western.
À travers un questionnaire simple, mais révélateur, nous avons recueilli des impressions sur différents aspects : l’atmosphère, la qualité des plats, le temps de service, ainsi que le rapport qualité-prix.

Les résultats montrent une satisfaction globale… mais nuancée.

L’ambiance des restaurants est généralement appréciée. Les clients se sentent à l’aise, le cadre est jugé agréable et conforme à leurs attentes. Sur le plan culinaire, une majorité opte pour une combinaison de cuisine locale et internationale, preuve d’une ouverture, mais aussi d’un attachement aux saveurs d’ici.

Et sans surprise, le griot reste une référence incontournable. Il incarne, à lui seul, une part de notre identité gastronomique. Cependant, tout n’est pas parfait.

La présentation des plats et le goût, bien que jugés acceptables, n’atteignent pas toujours le niveau d’excellence attendu dans des établissements de cette catégorie. De plus, certains clients remettent en question le rapport qualité-prix, le jugeant parfois trop élevé par rapport à l’expérience offerte.

Le temps de service, quant à lui, varie, ce qui peut influencer la perception globale du client.
Ces éléments montrent qu’il existe encore un écart entre les standards affichés et l’expérience réellement vécue.
Cette étude a été, pour moi, une expérience profondément enrichissante. Elle m’a permis de me rapprocher des attentes réelles des clients, d’écouter leurs retours, et surtout de comprendre que la gastronomie ne se limite pas à la technique : elle est avant tout une rencontre entre un savoir-faire et une émotion.

Aujourd’hui, une réflexion s’impose.
Pourquoi, dans des hôtels de haut standing, les saveurs locales restent-elles parfois en retrait ? Pourquoi notre richesse culinaire n’est-elle pas davantage mise en avant dans ces espaces censés représenter le meilleur de notre pays ?

Peut-être que la réponse se trouve dans un équilibre encore à construire entre modernité, standards internationaux et valorisation de notre identité.

Mais une chose est certaine : la cuisine haïtienne a toute sa place, et même une place de choix, dans l’expérience touristique.

Et si l’avenir du tourisme passait aussi par une meilleure valorisation de ce que nous sommes, dans nos assiettes ?

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